Le patrimoine culturel immatériel horloger : Un héritage à faire vivre.

“Nous considérons que certaines choses sont importantes d’être préservées pour les générations futures. Quelle que soit la forme qu’elles prennent, ces choses font partie d’un patrimoine, matériel ou immatériel, et des efforts soutenus de notre part sont nécessaires pour le sauvegarder.” (UNESCO)

Qu’est-ce que le patrimoine culturel immatériel (PCI) horloger ?

Le patrimoine immatériel n’est pas, par définition, tangible. Il s’agit aussi bien, dans le cas présent, de savoir-faire et de gestes techniques liés à l’horlogerie, mais aussi de traditions orales ou même de pratiques culturelles au sens large. Il ne s’agit pas d’objets physiques, mais bien de diverses compétences humaines.

Historiquement, la notion de patrimoine s’est longtemps limitée aux seuls objets matériels tels que des montres ou bien des bâtiments, alors considérés comme seuls dignes d’intérêt historique. Ce n’est qu’à partir des années 2000 que l’Unesco a élargi cette définition pour inclure la notion de savoir-faire. Le patrimoine immatériel est désormais considéré comme essentiel à la diversité culturelle et à la cohésion sociale.

En effet, depuis 2020, les savoir-faire en mécanique horlogère et en mécanique d’art sont inscrits sur la liste représentative du Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) de l’humanité par l’UNESCO. Cette reconnaissance souligne l’importance historique, technique et humaine du savoir-faire horloger dans l’arc jurassien franco-suisse.

Désormais, il ne s’agit plus simplement de conserver des objets physiques, mais de répertorier, transmettre et faire vivre des pratiques culturelles, telles que, dans le cas présent, le savoir-faire horloger.

Pourquoi faut-il sauvegarder le PCI horloger ?

Un risque réel menace la transmission des gestes spécifiques à l’horlogerie. La plupart des gestes techniques ne peuvent être appris que par l’observation visuelle et la pratique à l’établi avec les outils en main. Si le progrès technique et l’évolution sont naturels, ils entrainent aussi une disparition des techniques et parfois des outils utilisés par les horlogers. Face aux progrès technologiques et aux crises répétées de l’industrie, le savoir-faire horloger est en péril. Ces compétences risquent d’être un jour inutiles et tout simplement oubliées.

Par ailleurs, Il est important d’assurer la transmission du patrimoine dans le futur pour préserver une certaine identité culturelle. L’horlogerie est un pilier de l’histoire industrielle et artistique de l’arc jurassien. Elle façonne l’identité locale mais aussi crée un liant national, voire politique.

De plus, sauvegarder ces savoir-faire, c’est aussi revaloriser les filières des métiers artisanaux, tout en stimulant l’innovation dans l’horlogerie contemporaine. Aujourd’hui, les services “Heritage” ou “ Patrimoine” des grandes entreprises horlogères sont une source majeure d’inspiration technique et esthétique pour le design et le marketing des futures créations.

Ainsi, transmettre le patrimoine culturel immatériel, c’est transmettre du savoir et du savoir-faire mais aussi du sens pour l’avenir.

Comment préserver et transmettre le PCI horloger ?

Comment transmettre les gestes horlogers traditionnels, aujourd’hui menacés, tout en les rendant accessibles et vivants pour les générations futures ?

A l’origine, l’apprentissage était la seule possibilité pour se former au métier d’horloger. Les élèves apprenaient auprès d’un horloger dans un atelier. Or, ce type de transmission individuelle était longue et laborieuse. Il fallait beaucoup de temps pour acquérir le savoir-faire nécessaire à la fabrication complète d’une montre.

Après la révolution industrielle du 19ieme siècle, le système d’établissage avec une multitude de petits ateliers spécialisés, n’est plus adapté aux besoins des nouvelles fabriques verticalisées qui produisent des montres, non plus à l’unité, mais en masse. Ce changement de mode de production affecte directement le mode de transmission du savoir-faire. L’enseignement de l’horlogerie est désormais dispensé dans le cadre d’écoles spécialisées, avec un programme théorique et pratique standardisé. Les nouvelles écoles d’horlogerie permettent, dés 1824 à Genève, de former en grand nombre une
main d’œuvre qualifiée, mieux adaptée aux besoins réels de l’industrie naissante.

Actuellement, deux cents ans plus tard, le réseau d’écoles d’horlogerie de l’arc jurassien est toujours actif et forme environ cinq cent professionnels (AFP + CFC) par an, toutes filières confondues. En parallèle des écoles publiques ou privées, plusieurs initiatives de sauvegarde du savoir-faire horloger sont prises en charge directement par certaines entreprises qui font perdurer, en interne, des compétences rares. Par exemple, l’entreprise Cartier, à La Chaux-de-Fonds, a fondé la Maison des Métiers d’Art où plusieurs artisans perpétuent des techniques traditionnelles comme l’émaillage et le guillochage. Ces métiers d’art, qui nécessitent des années pour être maîtrisés, sont ainsi momentanément préservés.

Aujourd’hui, la protection du savoir-faire horloger est devenue un enjeux culturel régional, notamment avec le projet transfrontalier Arc Horloger. En effet, cette organisation, qui réunit entreprises, artisans, écoles, musées et autorités publiques, a pour mission de soutenir la valorisation et la transmission du savoir-faire dans les régions horlogères franco-suisses.

En parfait alignement avec cette mission, Horokit propose une alternative moderne pour diffuser et transmettre le patrimoine immatériel horloger.

Horokit.com
Pour aller encore plus loin… bibliographie:

Donzé Pierre-Yves, 2025. Histoire de l’industrie horlogère suisse, XIX-XXe siècle
Neuchâtel : Éditions Alphil

Munz, 2016. La transmission en jeu. Apprendre, pratiquer, patrimonialiser l’horlogerie en Suisse. Neuchâtel : Éditions Alphil.